Portfolio

A dog owns nothing, yet is seldom dissatisfied.

~ Irish Proverb

Text type: film synopsis

French(© Vision du Réel, 2007)

Une campagne idyllique : un lever de soleil baigne d’une douce lumière un charmant jardin sur fond de musique mielleuse, un fermier prend tendrement un porcelet tout rose dans ses bras. Mais rapidement, cet univers de publicité pour céréales va devenir étrange. Un opéra de Puccini orchestre les gestes du personnage qui nourrit ses porcs, la chanteuse en costume du XVIIIe siècle est elle-même présente, entre deux rangées de box de la porcherie.
Les animaux grouinent de plaisir, le paysan caresse sensuellement les pis des truies, le marquage au feutre effleure voluptueusement leur peau. Les scènes de soins médicaux prennent les apparences d’un rituel sexuel.

Sur une base documentaire – le personnage principal, Arthur, est réellement un fermier – (le réalisateur) construit une parade amoureuse entre l’homme et ses cochons. Mais la tragédie n’est loin. Rapidement, l’atmosphère se transforme radicalement. Un travelling avant dans un couloir sombre, un gros plan sur des bottes menaçantes. Les bêtes se recroquevillent, tassées et apeurées au fond de leur stalle, leurs cris stridents hérissent la peau du spectateur. Pour certains, il est temps de quitter cette ferme musicale : « So long, babies, » leur dit leur protecteur, qui sera l’unique parole du film. Le soleil se couche, de lourds nuages annonciateurs de drame s’approchent à toute vitesse. Une tempête de neige fait sauter le verrou de la porte qui bat dangereusement au vent. La nature se déchaîne, elle sème le chaos dans le paradis porcin. Une petite vierge en plâtre semble être une sinistre statuette vaudoue, tous les objets anodins de ce monde auparavant enchanté annoncent une menace. Le surnaturel a fait son entrée, une ultime péripétie chamboulera le quotidien de l’éleveur de porc mélomane et (le film) prend la tournure d’un inquiétant épisode d’X-Files. En jouant efficacement de moyens stylistiques, tel que le champ et contre champ entre l’homme et l’animal, ces derniers deviennent des personnages à part entière. Ils jouent dans un film OVNI empruntant ses codes au film d’angoisse et à la comédie musicale, qui sublime de manière virtuose le lieu trivial dans lequel il se déroule.

English translation(© clartexte, 2007)

An idyllic countryside setting: a charming garden bathed in soft morning light, with schmaltzy music playing in the background and a farmer gently picking up a pink piglet. Yet this universe worthy of a cereal commercial swiftly turns bizarre. One of Puccini’s operas accompanies the gestures of the protagonist feeding his pigs. Garbed in 18th century robes, the singer herself stands between two box stalls in the pigsty.
The animals squeal with delight. The farmer sensually caresses the sows’ udders, the felt pen markings voluptuously graze their skin. These medical care scenes take on the form of a sexual ritual.

Lending the film a documentary style – the main protagonist, Arthur, really is a farmer –, (the director) stages an amorous parade between the farmer and his pigs. But tragedy looms. The change of atmosphere is abrupt and radical. The camera tracks along a dark corridor, followed by a close-up of a pair of menacing boots. Cramming together in fear, the animals huddle up at the back of their pen. Their shrill shrieks make the audience’s hair stand on end. For some of the pigs it is time to leave this musical farm. “So long, babies,” says their protector, the only words uttered throughout the film. The sun sets and heavy clouds approach rapidly, portending a tragedy. A snow storm pries open the lock of the door banging loudly in the wind. Nature unleashes its fury, spreading panic in the porcine paradise. A small plaster virgin appears like a sinister voodoo statuette. All the innocuous objects of this previously enchanted world augur a threat. The supernatural has entered the scene. A final incident turns the music-loving pig breeder’s everyday life upside down and (the film) turns into an unsettling X-Files episode. The skilful combination of stylistic means, such as shots and counter shots of man and beast, turns the latter into fully-fledged protagonists. They play in a UFO movie borrowing its codes from horror films and variety shows that masterfully sublimate the film’s mundane setting.